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Inclusion scolaire
INTRODUCTION
Dans une perspective révolutionnaire, Sud éducation Lot-Et-Garonne revendique une École inclusive au sens large et défend la voie d’une École pour toustes (élèves comme travailleureuses) antiraciste, antivalidiste, antisexiste, antiLGBTphobe, anticlassiste, antiâgiste.
Nous voulons une inclusion réelle qui garantit l’accès à l’ École à toute personne, quelle que soit sa provenance, sa condition ou sa situation personnelle.
Une école inclusive reconnaît et valorise la diversité des personnes comme une richesse collective, affirmant que l’école est un droit pour toustes.
L’inclusion doit créer dans tous les lieux d’apprentissage un environnement confortable : on parle alors d’accessibilité universelle sans être stigmatisé·e, ségrégué·e ou infantilisé·e.
Elle n’est donc pas seulement une démarche d’accueil, mais une dynamique de transformation sociale et démocratique.
I – CONTEXTE : UNE INCLUSION SOUHAITÉE MAIS DURE À APPLIQUER !
Selon le principe de l’inclusion scolaire, enjeu majeur des vingt dernières années (loi de 2005 sur l’inclusion et thème principal des circulaires de l’Éducation Nationale depuis 2017 et réaffirmé dans le BO de rentrée de 2025), l’école devrait être « un espace d’égalité et de justice sociale ». Cette question de l’inclusion concerne donc toutes les personnes discriminées, soit un très large panel d’élèves : handicapé·s, racisé·s, LGBTQ+, filles, défavorisé·s …
La loi de 2005 est a priori une loi antivalidiste. En théorie. Parce qu’en pratique, ce passage de l’école intégrative (qui inclut seulement des personnes en situation de handicap « léger ») à l’École inclusive s’est fait sans aucune réflexion et sans moyen permettant les conditions de cette inclusion .
Les difficultés s’accumulent et alimentent des attitudes réactionnaires de la part de la communauté éducative : “on” ne veut plus d’élèves en situation de handicap, ce sont eux le problème et seule une place dans des établissements médicaux-sociaux permettrait de sauver ces élèves ET l’école. De la même manière, les personnels handicapés rencontrent des difficultés dans l’exercice de leur métier : jugement et suspicion des pairs, moindre avancement de carrière, conditions de travail inadaptées,…
Ainsi, on perpétue une logique ségrégationniste qui consiste à exclure les personnes « indapté·es » dans des espaces éloignés du monde social (IME, Itep). À partir du moment où l’on comprendra que c’est à l’école de se transformer, on rendra accessible la vie ordinaire à chacun·e.
En 2021, l’ONU a condamné la France, l’a appelée à revoir les droits des personnes handicapées (12 millions de personnes soit 1 sur 5) et pointe le système validiste en reprochant sa posture misérabiliste (les personnes handicapées sont présentées comme faibles, condamnées au malheur, aspirant à guérir pour se conformer à la norme valide). En France, on compte entre 9 et 11% de personnes handicapées en institution contre 1 à 3 % en moyenne dans les autres pays dits développés.
Cette logique validiste socialement construite repose sur un système de domination généralisée. En effet, on peut penser au racisme en place dans le système scolaire, que ce soit à l’égard des personnels ou des élèves (discriminations religieuses, propos racistes, tri social et racial, …) Il existe une même logique sexiste et LGBTphobe : l’occupation genrée de la cour de récréation, l’accès aux toilettes, la misogynie, les filières genrées, la transphobie, l’insuffisance du programme EVARS… De même, la lutte des classes est toujours au centre du dispositif scolaire : enseignement privé, école de la reproduction sociale, discrimination géographique…
II – REVENDICATIONS
Pour offrir une école véritablement inclusive, il faut donc transformer les représentations et les pratiques. Ces changements ne peuvent reposer uniquement sur la volonté de celleux qui travaillent à l’école. Comme le dit Alexandre Ployé « les pays qui font figure de modèle ne se sont pas contentés d’amender le système à la marge. Ils l’ont revu de fond en comble. Ils ont remis en cause les programmes, les normes scolaires habituelles… Tant que l’on restera dans notre logique actuelle d’évaluation et d’orientation, de nombreux enfants [et personnels] ne trouveront pas réellement leur place à l’école. Ils sont dedans et dehors à la fois. »
A court terme :
- Recruter plus d’AESH, avec un véritable statut et une vraie formation initiale,
- Baisser les effectifs dans les classes et encadrer des classes par deux adultes,
- Favoriser la mobilité gratuite de toustes (taxis, bus ‚…),
- Former tous les personnels à l’accueil des personnes à besoin particulier,
- Favoriser les rythmes scolaires adaptés aux besoins spécifiques de chacun·e.
A moyen terme :
- Réquisitionner et nationaliser les établissements privés,
- Concevoir les nouveaux établissements selon les critères d’accessibilité universelle et aménager les établissements existants de manière à favoriser l’autonomie de toustes,
- Mettre fin à l’enseignement spécialisé (IME, ITEP,…) et transférer les moyens humains et matériels au sein de l’École pour créer des équipes pluridisciplinaires dans l’École avec des infirmiers, des éducateurs, psychologues, ergothérapeutes, orthophonistes,…
- Diversifier les formations de proximité pour les élèves (offrir des possibilités plus larges à toustes),
- Transformer les programmes et les manuels scolaires dans la perspective d’une représentation totale et inclusive de la société,
- Créer un maillage de lieux d’apprentissage à taille humaine,
- Transformer l’école-prison actuelle en une école ouverte dans une logique libérée de ses frontières contraignantes et limitantes.
CONCLUSION
La société doit opérer une mutation inclusive. Et quel meilleur espace que l’École pour mettre en pratique le modèle d’une société juste, égalitaire et anticapitaliste ?
Nous ne voulons pas d’une École qui se lave de tout soupçon de discrimination avec une loi bancale (loi de 2005 sur l’inclusion). Nous ne voulons pas de communauté éducative rendue réactionnaire par les difficultés rencontrées au travail. Nous ne voulons pas non plus accueillir des élèves et des personnels en leur laissant seulement la place du fond ou mis au ban de la salle des profs. Nous exigeons une école honnête qui accueille et qui offre les moyens d’accueillir.
Quand offrirons-nous enfin des manuels qui représentent la véritable société ? Quand trouverons-nous enfin des textes et des images qui mettent en avant la diversité des élèves et des personnels ? Quand penserons-nous enfin la société telle qu’elle est ? Cette société qui n’est ni valide, ni blanche, ni bourgeoise, ni cisgenre, ni binaire, ni jeune, ni hétérosexuelle…
Nous exigeons une école sociale mue par le désir d’apprendre à toustes.