Ecologie

eco­lo­gie en ver­sion pdf

Écologie

1.État des lieux de la catastrophe

L’état de notre pla­nète ne relève plus de la mise en garde, mais de l’ur­gence fac­tuelle. Ces cin­quante der­nières années, nous avons tué plus de la moi­tié des mam­mi­fères, amphi­biens, rep­tiles, pois­sons, oiseaux. Le consen­sus scien­ti­fique est clair et acca­blant : nous avons dépassé des points de non-​retour, et les éco­sys­tèmes, inca­pables d’ab­sor­ber davan­tage les assauts de l’ac­ti­vité humaine débri­dée, s’ef­fondrent sous nos yeux. La catas­trophe éco­lo­gique n’est pas une pro­jec­tion future ; elle est un pro­ces­sus actif qui redé­fi­nit déjà nos condi­tions de vie et néces­site une réponse immé­diate et systémique.

Le dérè­gle­ment du cli­mat, le dérè­gle­ment du cycle de l’eau et l’an­thro­pi­sa­tion inten­sive pro­duisent des effets en cas­cade (réfu­giés cli­ma­tiques, extinc­tion des espèces…) et leur déso­lant cumul mérite d’être bap­tisé éco­cide. L’attribution de cette res­pon­sa­bi­lité n’est ni floue, ni répar­tie éga­le­ment. Cet éco­cide est le pro­duit direct d’un modèle éco­no­mique pré­da­teur – le capi­ta­lisme – obsédé par une crois­sance illi­mi­tée sur une pla­nète aux res­sources finies. Les prin­ci­paux cou­pables sont bien iden­ti­fiés : les grandes mul­ti­na­tio­nales dont celles des éner­gies fos­siles (pétrole, gaz, char­bon ) pour qui les pro­fits colos­saux dépendent de la des­truc­tion cli­ma­tique ; les lob­bies agro-​industriels qui imposent la défo­res­ta­tion, l’u­sage mas­sif de pes­ti­cides et her­bi­cides et l’é­pui­se­ment des sols ; et enfin, les gou­ver­ne­ments com­plices qui, sous l’in­fluence de ces inté­rêts, renoncent à toute régu­la­tion ambi­tieuse et sub­ven­tionnent, par iner­tie ou par cal­cul, l’ac­cé­lé­ra­tion de la catas­trophe. La res­pon­sa­bi­lité est donc sys­té­mique et inten­tion­nelle : elle réside dans la pri­mauté accor­dée au béné­fice privé à court terme sur l’ha­bi­ta­bi­lité col­lec­tive à long terme.

Tout le monde ne subit pas cet éco­cide de la même manière : comme tou­jours, les popu­la­tions les plus pré­caires sont les plus tou­chées. La mul­ti­pli­ca­tion des évè­ne­ments cli­ma­tiques extrêmes ne fera que ren­for­cer les inéga­li­tés régio­nales, avec un accrois­se­ment de situa­tions locales dégra­dées (guerres, famines, réfugié·es cli­ma­tiques, etc.). C’est un fait, les popu­la­tions qui vont souf­frir le plus du désastre cli­ma­tique, ce sont celles qui vivent en Afrique. En plus d’être anti­ca­pi­ta­liste, la lutte éco­lo­gique ne peut être qu’internationaliste.

C’est la bour­geoi­sie qui pol­lue le plus. Pourtant, en van­tant l’é­co­lo­gie des petits gestes, elle s’exo­nère de tout regard cri­tique sur sa res­pon­sa­bi­lité dans la catas­trophe en cours. Dans un monde inéga­li­taire, il est dif­fi­cile pour les classes moyennes et popu­laires de se pro­je­ter vers un ave­nir plus sobre et plus contraint si la bour­geoi­sie conti­nue d’é­mettre des gaz à effet de serre à la hau­teur de ses moyens. L’argent, le sta­tut ou le pou­voir ne doivent pas don­ner le droit à certain·es d’o­bé­rer la sur­vie des autres. Il faut lut­ter contre ce sys­tème de domi­na­tion et d’accaparement, et pen­ser que la fin du capi­ta­lisme demain est pos­sible et vitale pour notre société.

Notre syn­di­ca­lisme doit avoir un double objec­tif : conqué­rir de nou­veaux droits et nous rendre aptes à ima­gi­ner un ordre socioé­co­no­mique alter­na­tif afin de lut­ter contre les capi­ta­listes qui imposent et légi­ti­ment un ordre tou­jours plus inéga­li­taire et autoritaire.

2. Un sys­tème sco­laire complice

L’école ne prend pas la mesure de la catas­trophe en cours. L’arsenal rhé­to­rique de l’Éducation Nationale — E3D, éco-​délégués, « chan­ge­ment cli­ma­tique », tran­si­tion éco­lo­gique — n’est qu’un ver­biage ins­ti­tu­tion­nel. Loin de nom­mer l’ur­gence, ce lan­gage édul­core la catas­trophe, per­pé­tuant le mythe d’une pos­sible com­pa­ti­bi­lité entre le capi­ta­lisme et la sur­vie planétaire.

Dès lors, “l’éducation à l’environnement” devient un nou­veau mar­ché à déve­lop­per : exter­na­li­sa­tion des inter­ven­tions sur le sujet (exemple de la fresque du cli­mat). Ces dis­po­si­tifs créent auprès des jeunes géné­ra­tions l’illusion d’une tran­si­tion en cours et d’un pos­sible miracle scien­ti­fique et tech­no­lo­gique. Ainsi la pré­ser­va­tion du capi­ta­lisme appa­raît comme sou­hai­table, la “crois­sance éco­no­mique” comme un impé­ra­tif non négo­ciable, et le tech­no­so­lu­tion­nisme comme l’u­nique hori­zon poli­tique pour évi­ter l’ef­fon­dre­ment sans renon­cer à l’ordre établi.

Lorsque le label (EDD) devient l’ob­jec­tif, il ne s’agit plus de lut­ter contre la catas­trophe en cours mais de main­te­nir le statu quo en déchar­geant l’institution de ses res­pon­sa­bi­li­tés concrètes.

3.Appel à une trans­for­ma­tion globale

Ce green­wa­shing en œuvre dans l’éducation natio­nale n’est que le reflet d’une poli­tique plus glo­bale. L’école ne doit pas ser­vir à trans­mettre l’idéologie du capi­tal. En tant que syn­di­cat révo­lu­tion­naire, Sud édu­ca­tion Lot-​et-​Garonne, porte un pro­jet d’émancipation pour toutes et tous. Ainsi, nous devons per­mettre aux élèves de poser un regard cri­tique sur ces mythes et nour­rir un désir de chan­ge­ment socié­tal. Une autre école pour une autre société. Il s’agit donc de trans­mettre à nos élèves un autre rap­port au monde. Contrairement à ce que pré­tendent nos détrac­teurs qui parlent d’écologie puni­tive, “l’enjeu n’est pas de se res­treindre : il consiste à s’interroger sur ce qui est dési­rable et à s’enivrer, sans réserve, de nou­veaux enchan­te­ments” (Aurélien Barrau). Il ne s’agit pas de vivre dans le manque et la pri­va­tion mais de chan­ger nos ima­gi­naires et d’envisager de nou­veaux moyens de vivre bien.

Sud édu­ca­tion Lot-​et-​Garonne reven­dique pour l’école :

- Une école poly­tech­nique : Une école qui ne hié­rar­chise pas les matières mais allie les matières dites géné­rales, les dis­ci­plines artis­tiques, spor­tives et cultu­relles mais aussi les matières tech­niques et manuelles. L’objectif est de for­mer des indi­vi­dus com­plets capables d’ap­pré­hen­der l’environnement par la théo­rie et par la pratique.

- Une édu­ca­tion à l’urgence cli­ma­tique : L’abandon du concept de déve­lop­pe­ment durable et la mise en place d’une édu­ca­tion à l’urgence cli­ma­tique, dans le cadre d’une approche sys­té­mique et plu­ri­dis­ci­pli­naire, à la fois théo­rique et pra­tique afin d’outiller les futures géné­ra­tions pour les enjeux à venir.

- Une École Émancipatrice et Démocratique : Une école qui ne se limite pas à la trans­mis­sion des connais­sances, mais qui est un lieu d’apprentissage d’une citoyen­neté active et enga­gée éco­lo­gi­que­ment.

- Des Pédagogies Émancipatrices et Coopératives : Le pas­sage d’une culture sco­laire axée sur la per­for­mance indi­vi­duelle et la com­pé­ti­tion à un envi­ron­ne­ment basé sur l’entraide.

- Une Refonte Complète des Programmes Scolaires : Une révi­sion en pro­fon­deur des conte­nus d’en­sei­gne­ment pour les adap­ter aux enjeux du XXIe siècle (sociaux, cli­ma­tiques, tech­no­lo­giques) et pour s’as­su­rer qu’ils sont réel­le­ment au ser­vice de l’é­man­ci­pa­tion et de l’égalité.

En atten­dant que ces chan­ge­ments struc­tu­rels voient le jour, il est impé­ra­tif d’a­gir ici et main­te­nant avec des mesures concrètes.

Nous pen­sons que l’Éducation Nationale doit pré­sen­ter une cohé­rence abso­lue entre ses pro­grammes d’enseignement et ses pra­tiques admi­nis­tra­tives. L’école ne peut plus se conten­ter d’enseigner l’ur­gence cli­ma­tique si elle ne l’in­carne pas elle-même.

Nous affir­mons qu’il est impos­sible d’es­pé­rer construire des citoyens éclai­rés et acteurs du chan­ge­ment cli­ma­tique si l’Institution n’est pas la pre­mière à faire preuve d’une exem­pla­rité envi­ron­ne­men­tale concrète.

C’est pour­quoi nous revendiquons :

- un plan de réno­va­tion du bâti sco­laire pour la réduc­tion des consom­ma­tions éner­gé­tiques et le confort de toutes et tous,

- l’aménagement des abords des écoles pour faire plus de place au vélo et aux dépla­ce­ments pédestres,

- un plan de dimi­nu­tion et recy­clage des déchets,

- la créa­tion d’un cadre de vie sain notam­ment à tra­vers un plan de végé­ta­li­sa­tion des éta­blis­se­ments scolaires,

- la mise en place d’une res­tau­ra­tion sco­laire, qui per­met­trait de bais­ser l’impact envi­ron­ne­men­tal de la nour­ri­ture ser­vie, de nour­rir sai­ne­ment les membres de la com­mu­nauté édu­ca­tive. La prio­rité sera don­née aux pro­duc­trices et pro­duc­teurs locaux, à l’agriculture pay­sanne et bio, aux menus végétariens,

- la for­ma­tion des per­son­nels et des élèves au coût envi­ron­ne­men­tal du numé­rique, et en par­ti­cu­lier de l’in­tel­li­gence artificielle ;

- la sor­tie du tout numé­rique pour un usage rai­sonné et réflé­chi de cet outil.