Antihiérarchie et autogestion

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Antihiérarchie et autogestion

Du refus des réformes actuelles ren­for­çant « l’autonomie », des hié­rar­chies locales
à l’autogestion et à un véri­table refus de la hié­rar­chie. A l’opposé de cette concep­tion de l’autonomie au ser­vice de la logique néo-​managériale, notre syn­di­ca­lisme défend l’autonomie ouvrière, c’est-à-dire que pour s’émanciper, le pro­lé­ta­riat doit déve­lop­per son auto­no­mie par rap­port à la sphère du capi­tal : c’est nous qui tra­vaillons, c’est à nous de nous orga­ni­ser et de décider.

La hié­rar­chie, clé de voûte du capitalisme

Le capi­ta­lisme est un sys­tème où la classe sociale qui détient le capi­tal domine la classe qui tra­vaille. Dans la société capi­ta­liste, la hié­rar­chie, du grec « pou­voir sacré », régente les rap­ports humains car le capi­ta­lisme ne peut main­te­nir sa domi­na­tion envers les tra­vailleu­reuses et les opprimé·es qu’au tra­vers d’un cor­set de règles, de normes et de repré­sen­ta­tions. La hié­rar­chie est la clé de voûte du capitalisme.

La muta­tion du capi­ta­lisme indus­triel en capi­ta­lisme finan­cier et mon­dia­lisé engendre une ato­mi­sa­tion des col­lec­tifs et un ren­for­ce­ment des logiques de sou­mis­sion à la hié­rar­chie des tra­vailleureuses.

L’Éducation natio­nale n’est pas épar­gnée par ce phénomène.

En pre­mier lieu, l’École est un outil de tri social et de pres­sion éco­no­mique que subissent les élèves. Sous cou­vert de mérite, elle four­nit des cri­tères de tri pour l’o­rien­ta­tion des filières sélec­tives. Ce fai­sant, l’École pré­pare la divi­sion entre tra­vailleu­reuses et rejette la res­pon­sa­bi­lité de l’é­chec sur celles et ceux qui le subissent. En cela, l’École pré­pare et pré­serve un sys­tème éco­no­mique inique fondé sur la domi­na­tion du capi­tal (éco­no­mique, cultu­rel et social). Ainsi les enseignant·es sont incité·es à valo­ri­ser chez leurs élèves des normes atten­dues dans le monde économique.

En paral­lèle de cela, l’École prend un tour de plus en plus mar­tial. La mise en place du SNU, des jour­nées et des classes défense ainsi que les mul­tiples par­te­na­riats avec l’ar­mée sont autant de volon­tés de sou­mettre voire d’embrigader la jeu­nesse. Ces ini­tia­tives per­mettent de mas­quer les inéga­li­tés crois­santes à l’o­ri­gine de « des­tins sco­laires ». Elles par­ti­cipent aussi à la volonté de des­truc­tion de l’es­prit cri­tique et de l’i­déal de liberté et de jus­tice, préa­lables à la conscience poli­tique et son corol­laire la lutte sociale.

Le ren­for­ce­ment des logiques de tri social ainsi que la mili­ta­ri­sa­tion de l’École s’ac­com­pagnent, sous cou­vert d’au­to­no­mie, d’un ren­for­ce­ment de la hié­rar­chie dans le fonc­tion­ne­ment de l’Éducation Nationale.

L’autonomie, nou­vel ava­tar de l’au­to­rité hiérarchique

Les réformes actuelles, sous cou­vert de ren­for­cer l’autonomie des lieux d’enseignement, ne font que trans­fé­rer l’autorité d’un éche­lon hié­rar­chique à un autre.

En effet,

- Dans le pre­mier degré, de nou­velles direc­tions sont créées suite à l’application de la loi RILHAC, ins­tau­rant un réel lien hié­rar­chique entre les direc­teurs et direc­trices et les enseignant·es.

- Dans le secon­daire, l’autonomie des éta­blis­se­ments par­ti­cipe à la logique, reven­di­quée par la loi de trans­for­ma­tion de la fonc­tion publique de 2019, d’un rem­pla­ce­ment pro­gres­sif des fonc­tion­naires par des embauches de contractuel⋅les, notam­ment en confé­rant aux chef·fes d’établissement (ou aux rec­to­rats) un pou­voir de recru­te­ment de plus en plus fort au détri­ment du sys­tème de muta­tions contrôlé par les com­mis­sions pari­taires qui ont dis­paru. Par ailleurs, le décret n° 2020 – 1030 du 11 août 2020 rela­tif aux per­son­nels de direc­tion d’établissement d’enseignement ou de for­ma­tion rele­vant du ministre de l’Éducation natio­nale ouvre doré­na­vant les concours de recru­te­ment aux per­sonnes venant du privé, porte d’entrée sup­plé­men­taire des logiques mana­gé­riales délé­tères qu’on a pu voir à l’œuvre dans d’autres secteurs.

- L’autonomie amène les éta­blis­se­ments du secon­daire, pour être « attrac­tifs » par rap­port aux autres éta­blis­se­ments publics et pri­vés, à pro­po­ser des conte­nus d’enseignement qui ren­forcent en réa­lité les inéga­li­tés de classe. Aux éta­blis­se­ments favo­ri­sés les ensei­gne­ments et filières socia­le­ment valo­ri­sées (de type études longues, latin, alle­mand et classes euro­péennes) ; aux éta­blis­se­ments popu­laires les ensei­gne­ments et filières socia­le­ment déva­lo­ri­sés (une grande par­tie de l’enseignement pro­fes­sion­nel, voies courtes).

- L’autonomie ren­force l’ensemble de la chaîne hié­rar­chique au détri­ment des per­son­nels en créant des hié­rar­chies inter­mé­diaires. Les éche­lons hié­rar­chiques sont donc éten­dus à de nou­veaux lieux de tra­vail comme les écoles pri­maires empê­chant les pos­si­bi­li­tés d’auto-organisation par un maillage de sur­veillance res­serré et per­ma­nent. Les agent·es en font les frais depuis long­temps, entre le dépar­te­ment ou la région, les chef·fes d’établissement et les gestionnaires.

- De plus, les hié­rar­chies inter­mé­diaires réduisent notre capa­cité à ins­tau­rer un rap­port de force. Les chef·fes que nous avons face à nous peuvent très faci­le­ment se dédoua­ner en rap­pe­lant qu’ils ou elles sont de simples exécutant⋅es des déci­sions ministérielles.

- Dans l’enseignement supé­rieur et la recherche, l’autonomie mana­gé­riale per­met l’accroissement du pou­voir des président·es d’université dans un cadre natio­nal de plus en plus déré­gulé : logique de ges­tion locale de la pénu­rie ; recours mas­sif aux contrats pré­caires pour toutes les caté­go­ries de per­son­nels ; indi­vi­dua­li­sa­tion des congés, décharges d’enseignement, primes et pro­mo­tions ; mar­gi­na­li­sa­tion des ins­tances élues au pro­fit de direc­toires ; déro­ga­tions au Code de l’éducation ; diplômes locaux payants ; labo de recherche au sein des uni­ver­si­tés liés à des entre­prises. Ce qui est
visé, c’est la remise en cause du sta­tut de fonc­tion­naire pour toutes les caté­go­ries de per­son­nels, la mise en concur­rence crois­sante à tous les niveaux, la des­truc­tion des col­lec­tifs de tra­vail et des soli­da­ri­tés qui y sont asso­ciées, la des­truc­tion du maillage ter­ri­to­rial de l’université publique, l’abandon du cadrage natio­nal des diplômes, l’augmentation des frais d’inscription à l’université… A l’image de la loi Blanquer sur l’école de la confiance, c’est une véri­table reféo­da­li­sa­tion de l’université qui est mise en perspective.

- Les formes d’autonomie actuelles ren­forcent les inéga­li­tés dans l’accès à l’éducation et entre les per­son­nels et s’inscrivent dans une logique délé­tère d’évaluation de la per­for­mance, pré­vue pour tous les ser­vices publics par la Loi orga­nique des lois de finance (LOLF) de 2001. Les lieux d’enseignement sont ainsi tenus de pro­duire des indi­ca­teurs chif­frés et de pas­ser des « contrats d’objectifs ».

Il est impor­tant de prendre la mesure de la gra­vité de cette situa­tion, puisque ce ren­for­ce­ment hié­rar­chique est res­pon­sable de souf­france au tra­vail, de burn-​out, voire de suicides.

Les com­pé­tences concer­nées par l’autonomie doivent donc être trans­fé­rées à l’ensemble de la com­mu­nauté édu­ca­tive, et non aux fonc­tions de président·e d’université, de chef·fe d’établissement ou d’inspecteur·trice qui doivent être abolies.

Un syn­di­cat anti hié­rar­chique qui lutte pour une école autogérée,
éman­ci­pa­trice et libératrice

Face à ces constats, SUD Éducation Lot-​Et-​Garonne, syn­di­cat de trans­for­ma­tion sociale, lutte pour une société éga­li­taire, sans chef·fe, auto­gé­rée. Le mode d’organisation pyra­mi­dal, dévas­ta­teur, ren­force les inéga­li­tés pré­sentes dans la société. Notre posi­tion­ne­ment anti hié­rar­chique ne peut pas être décor­rélé de notre démarche auto­ges­tion­naire. SUD Éducation Lot-​Et-​Garonne doit incar­ner l’é­cole auto­gé­rée, éman­ci­pa­trice et libé­ra­trice pour laquelle il lutte.

1- Construire de l’horizontalité

L’École étant l’un des pre­miers lieux de socia­li­sa­tion des enfants, il est impor­tant que ce ne soit pas le lieu d’une repro­duc­tion de rap­ports de domi­na­tion et d’une obéis­sance à une auto­rité arbi­traire. Militons pour une péda­go­gie éman­ci­pa­trice dans laquelle la rela­tion professeur·e‑élève ne pro­longe pas le rap­port de domi­na­tion entre la direc­tion et les personnels. 

L’autogestion doit être le modèle d’organisation que nous défen­dons pour pou­voir lut­ter acti­ve­ment contre la hié­rar­chie. Il est néces­saire que chacun·e – per­son­nels et élèves – puisse prendre part aux déci­sions qui le·la concerne. Seule la com­mu­nauté édu­ca­tive est légi­time et capable de s’administrer.

Soyons cri­tiques envers les conseils péda­go­giques ou les conseils d’administration.

En effet, ces ins­tances n’ont bien sou­vent qu’un rôle consul­ta­tif que les chef·fes d’établissement peuvent ins­tru­men­ta­li­ser à leur guise. En fonc­tion des situa­tions locales, réapproprions-​nous ces ins­tances offi­cielles pour faire vivre des pra­tiques démo­cra­tiques, en exi­geant les votes à bul­le­tin secret, en deman­dant à ce que tous les votes : pour, contre, abs­ten­tion et NPPV soient comp­ta­bi­li­sés, boycottons-​les, envahissons-les, …

Dénonçons les par­te­na­riats de l’Éducation natio­nale avec cer­tains chef·fes d’entreprise (invité au C.A) voire cer­taines multinationales.

Dans le domaine, par exemple, de l’informatique, pri­vi­lé­gions l’utilisation de logi­ciels libres, dont les valeurs sont celles que nous défen­dons. De même, dénon­çons la pri­va­ti­sa­tion des mis­sions d’orientation et d’information aux métiers. En outre, il est indis­pen­sable que le per­son­nel s’approprie les moyens et outils de leur tra­vail et de leurs pra­tiques. En infor­ma­tique par exemple, ce sont les per­son­nels qui doivent être déci­sion­naires dans le choix des outils, maté­riels ou/​et logi­ciels et ne plus subir les dota­tions des tutelles territoriales.

Organisons-​nous et exi­geons de vrais espaces déci­sion­nels où la com­mu­nauté édu­ca­tive peut se réunir sans la pré­sence des hiérarchies

Initions, par­tout où c’est pos­sible, des direc­tions col­lé­giales comme ce fut le cas dans les écoles pri­maires, avec une répar­ti­tion de la décharge déci­dée par l’équipe péda­go­gique et éten­dons ce fonc­tion­ne­ment admi­nis­tra­tif au secon­daire notam­ment au tra­vers de groupes de tra­vail coopé­ra­tif qui asso­cient et impliquent tous·tes les per­son­nels ainsi que les élèves.

La spé­cia­li­sa­tion est l’anti-chambre de la bureau­cra­tie et la rota­tion des tâches et des man­dats est le moyen le plus évident d’y remé­dier. A l’instar du fonc­tion­ne­ment de SUD Éducation Lot-​Et-​Garonne, cette rota­tion per­met d’inclure et d’impliquer davan­tage de cama­rades « inexpérimenté⋅es » mais aussi d’éviter les logiques racistes et patriar­cales qui, mal­gré nos enga­ge­ments, per­durent dans nos pra­tiques. Ceci, aussi bien dans un objec­tif d’utilité et de pro­tec­tion du syn­di­cat que dans celui des valeurs que nous por­tons et de la co-​formation constante des camarades.

2- Construire du rap­port de force

Nous consta­tons que notre liberté péda­go­gique est remise en cause. Notre lutte pour la défendre doit se faire au tra­vers des pro­cé­dures mais aussi et sur­tout par le rap­port de force.

En effet, le recours juri­dique ne doit pas être le seul pro­cédé d’action contre la hié­rar­chie, car le contenu (ou l’absence de contenu) de la loi et son inter­pré­ta­tion ne sont pas tou­jours de nature à favo­ri­ser les inté­rêts des per­son­nels, ni des usagèr·es. L’action juri­dique ne doit donc pas se faire au détri­ment de l’instauration d’un rap­port de force par d’autres moyens (grève, déso­béis­sance…) pour gagner les conflits.

- Construisons du col­lec­tif sur nos lieux de tra­vail afin de peser dans le rap­port de force. Diffusons l’idée d’aller voir les chef·fes à plu­sieurs. Il est fon­da­men­tal que les per­son­nels titu­laires s’impliquent dans les luttes inter­ca­té­go­rielles, par exemple en sou­te­nant les luttes des précaires.

- Refusons éga­le­ment le fli­cage des per­son­nels par la hié­rar­chie. Refusons ou tout du moins inter­ro­geons la hié­rar­chie sur les signa­tures que l’on nous demande quand on assiste aux conseils de classe, aux réunions, aux for­ma­tions. Réaffirmons notre cri­tique des pro­cé­dures d’inspection, infan­ti­li­santes et arbi­traires. Rappelons le droit de les contes­ter, voire de les refu­ser. Revendiquons des éva­lua­tions col­lec­tives entre pairs, des temps de concer­ta­tion entre pairs, décon­nec­tés de l’avancement de car­rière. Luttons col­lec­ti­ve­ment contre les injonc­tions pré­sen­tées comme obli­ga­tions réglementaires.

- Combattons sans relâche les sanc­tions dis­ci­pli­naires injus­ti­fiées, et en par­ti­cu­lier celles s’attaquant aux droits syn­di­caux, droit de grève, comme ce fut le cas récem­ment avec les « 4 de Melle » et les « 3 de Bordeaux ».

Dans les mobi­li­sa­tions et les luttes, tra­vaillons fina­le­ment à la construc­tion de cadres
d’auto-organisation dans l’ensemble de la société : AG, comi­tés de mobi­li­sa­tion, col­lec­tifs plus ou moins pérennes… Dans ces cadres, nous défen­drons les pra­tiques de l’autogestion, de la démo­cra­tie et de la lutte contre les oppressions.